LA FAUTE DE L'ABBÉ MOURET
Metteur en scène : Georges Franju. 1970

  Je tourne un film quand, accidentellement, je tombe amoureuse. En même temps, j'apprends que Georges Franju a le projet de porter à l'écran “La Faute de l'abbé Mouret” d'Émile Zola. Pour sortir de l'impasse dans laquelle je me trouve, je décide que j'ai besoin de retrouver la France. Je contacte mon agent qui m'arrange un bout d'essai sur le champ. Celui-ci se passe dans le bureau de production, et, coïncidence incroyable, celui qui me donne la réplique est justement l'homme que j'aime ! Ce qui m'avait attirée vers le personnage d'Albine était notre ressemblance sur le plan psychologique. Voici que je n'ai plus qu'à vivre le bout d'essai…
  Franju me plait tout de suite : il est fin, cultivé, original, nerveux. Le tournage se passe à la campagne, loin de tout. Je le vis dans un état de bonheur et de sérénité que je voudrais pouvoir garder.
  C'est le deuxième film de Francis Huster. Il y tient le rôle principal, celui de l'abbé Mouret. Passionné de théâtre, Francis complote avec son bras droit, Jacques Spiesser, à propos de pièces à écrire, à monter… C'est la belle vie ! Quand j'arrive de Londres pour la sortie du film, on se voit l'après-midi : un petit bout de pyjama pointe par dessous son col, cela m'inspire une bouffée de tendresse. Je suppose qu'il est si occupé à travailler tard la nuit avec ses amis, qu'il dort là où il se trouve pour que, le matin venu, la conversation reprenne sans délai.
  Je reste très attachée à ce film de Franju. Le rôle d'Albine avait effacé le parcours chaotique du passé. Redevenue moi-même, je décidai que si rien d'intéressant ne s'offrait à moi dans l'année, j'arrêterai. Cela ne m'intéressait plus d'attendre, passive.
  Plus tard, devenue illustratrice pour des magazines et des couvertures de livres, à New York, je jouis d'un agréable anonymat. Anthony Page, metteur en scène avec qui j'ai tourné “Inadmissible Évidence” propose de m'aider a relancer ma carrière ; je garde cette porte verrouillée.
À suivre…..